Une soirée à l'ENST organisée par votre serviteur (entre autres).


Jack "El Oso" - Organisation de soirées

Voilà une activité que je pratique non pas par plaisir, mais pour suivre la devise "on n'est jamais mieux servi que par soi-même". Eh oui, si je m'attèle de temps en temps à la tâche, généralement en duo avec mon comparse Gabriel, c'est principalement parce que ce que je voudrais voir organisé, sur Paris (ou ailleurs), ne l'est par personne d'autre.

Pour ceux d'entre-vous qui ne se sont jamais essayé à l'organisation d'événementiels, laissez-moi vous éclairer sur quelques aspects de ce merveilleux métier (car cela en est un !).

I: Le costard

Règle numéro un: si vous organisez une soirée, il faut savoir avant toute autre chose que cela implique systématiquement le risque de vous planter. De vous prendre une veste, comme on dit chez nous. Dans le meilleur des cas, vous perdez le temps et le travail investi, dans le pire des cas, vous perdez de l'argent, selon la taille de l'événement, entre quelques centaines et quelques milliers d'euros.

A l'heure de l'ouverture, pas un chat. Vous vous dites que c'est normal, que les gens sont encore en train de dîner, qu'il vont arriver. Une heure plus tard, trois pelés sont arrivés, et vous regardent dépités. Personne ne danse. Une heure passe encore, des gens arrivent, ils hésitent, ils demandent à jeter un oeil à l'intérieur. Ils voient qu'il n'y a pas grand monde, et ils repartent. Pffff... c'est sûr que si tout le monde fait pareil, il n'y aura jamais grand monde ! Votre estomac se noue encore un peu plus. Vous maudissez la pluie, le froid, le concert ou la grosse soirée qui ont lieu le même soir, et qui n'ont été annoncés qu'une semaine avant. Vous vous rappellez de toutes les occasions que vous avez eu de communiquer sur votre soirée, et que vous avez bêtement ratées. Finalement, des gens arrivent par grappes, ils se mettent à danser, la soirée ressemble enfin à quelque chose. Vous essayez de sourire, de dire bonjour à tout le monde, d'avoir l'air gai; ces gens là, au moins, sont venus, autant leur décrocher un sourire... La soirée s'approche de la fin, les gens s'en vont, ils ont l'air de s'être amusés. C'est fini, vous n'êtes pas rentrés dans vos frais. Il faut payer le DJ, le vigile, la personne du vestiaire, celle du bar... eh oui, leur rémunération est fixe, quelque soit le résultat de la soirée. Sans même parler de la location de la salle, si vous louez. Si vous partagez les entrées avec le gérant de la salle, il faudra essuyer sa moue désapprobatrice et son regard qui vous dit "c'est TA faute si ça n'a pas marché". Le lendemain, vous allez sur le forum, et vous lisez "c'etait super, il y avait plein de place pour danser !". Ouaiiiis. Super. L'envie d'arrêter est grande, elle fait partie du métier. Il faut savoir la gérer, reconnaitre ses propres erreurs, corriger le tir la fois suivante.

II: Les imprévus, c'est de ta faute

Règle numéro deux: rien ne se passe jamais comme prévu. Les DJs n'arrivent pas forcément à l'heure prévue, s'il y a des shows, il y aura des danseurs qui auront oublié leurs costumes, ou qui arriveront 5mn avant le show, s'il y a un orchestre, l'ingénieur du son aura un empêchement et il faudra improviser... une baffle peut tomber en panne, un micro aussi, la clim aussi. Et tout le monde n'en aura rien à f..., sauf vous, car c'est vous l'organisateur, c'est vous le seul et unique responsable.

III: Si ça marche, ça marche trop bien

Règle numéro trois: il faut aussi savoir gérer le succès. Vous le verrez très vite, le public, c'est comme les moutons: ça suit le troupeau. En d'autres termes, si beaucoup de monde vient à votre soirée, tout le monde voudra y venir, et il n'y aura pas un chat ailleurs ce soir là. Résultat: dans votre soirée, les gens vont se plaindre qu'il y a trop de monde, qu'il fait trop chaud et que c'est trop enfumé; si jamais vous fermez les portes parce que votre capacité est atteinte (ce que tous les organisateurs ne sont pas prêts à faire, surtout s'ils ont les pertes d'autres soirées à combler...), ceux qui vont se retrouver dehors vont vous supplier à genoux de les laisser rentrer, s'étonner, avec un air limite vexé, de ne pas être sur la liste, dire qu'ils sont le beau-frère de tel DJ, etc... Les autres organisateurs, eux, vont vous détester, parce qu'il n'y aura personne chez eux ce soir là... bref, pas de juste milieu: le succès aussi, c'est générateur de problèmes.

IV: La règle du 9/10

Règle numéro quatre: le feedback est négatif 9 fois sur 10. Sur 10 personnes qui vont faire un commentaire sur votre soirée, vous aurez 9 critiques et 1 compliment. Si tout se passe bien et qu'il n'y a rien à critiquer, la plupart des gens ne diront rien. Il faut vous y faire: c'est comme ça, les gens ont la critique plus facile, et considèrent une soirée réussie comme un dû. Et encore, elles vont sûrement trouver que l'entrée était trop chère.

Conclusion: vous voulez organiser des soirées ? Soyez sûr:

- d'avoir les moyens de perdre ce que vous investissez en retombant sur vos pattes par la suite;
- d'avoir suffisament de sang-froid pour gérer tout ce que j'ai décrit plus haut avec un minimum de sérénité;
- d'avoir des nerfs et un estomac d'acier;
- de ne pas chercher la gloire: l'organisateur est toujours celui qui est le plus dans l'ombre. C'est souvent le métier le plus ingrat: pas ou peu de reconnaissance, beaucoup de critiques, et c'est vous qui payez les pots cassés lorsqu'il y en a.

Si vous voulez faire quelque chose de plus gratifiant, essayez d'être DJ, danseur, prof, ou prestataire de quelque manière que ce soit: vous arrivez, vous faites votre boulot, vous touchez votre argent, et vous rentrez chez vous.

Pourquoi je fais ça, déjà ?

;o)

Jack "el Oso"

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