Jack "El Oso" - Les premiers coups de palmes

 

Ce qui suit est le récit d'un néophyte en plongée. Niveaux 4 railleurs, Divemasters sarcastiques et plongeurs blasés par plus de 3000 plongées à votre carnet, passez votre chemin.

C'est dans les récifs du sud des côtes Egyptiennes de la Mer Rouge, à quelques kilomètres de Marsa Alam, que je donnai mes premiers "vrais" coups de palmes. Après un baptême en Polynésie Française, et plusieurs mois d'entrainement en piscine, j'y étais enfin. J'en avais rêvé, l'envie de replonger ne m'avait pas lâché, j'étais même allé en fosse de plongée, à 20 mètres , à deux reprises, afin de voir ce que ça faisait de descendre et de remonter sur une telle profondeur.

J'avais également écumé les magasins spécialisés, acheté 6 masques différents (et testé chacun de ces derniers en piscine), 2 paires de palmes, une combinaison de 3mm, une autre de 5mm, un ordinateur de plongée, un bouquin sur la faune et la flore sous-marine de la mer rouge, un spray anti-buée pour le masque, et une valise spéciale pour transporter tout ça... J'avais également fait retaper l'intégralité de mes amalgames dentaires, et fait poser une couronne à une molaire, afin d'éviter tout problème dentaire lié aux variations de pression. Je n'ose même pas compter combien tout cela m'a coûté. Non, n'insistez pas, je ne veux pas le savoir.

Une infime partie de mes acquisitions...
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Bref, je croyais que j'étais paré.

Erreur.

Multiples erreurs, devrais-je dire.

Tout d'abord, la règle générale, en plongée, semble être que la seule partie véritablement agréable est celle où l'on se trouve sous l'eau. Par contre, s'équiper, rentrer dans l'eau, en sortir, et se déséquiper, c'est assez loin d'être une partie de plaisir !

Commençons par la combinaison. Me fiant à deux avis (que je pensais) experts, j'optai finalement pour ne pas emporter ma combinaison de 5mm, dans la mesure où celle-ci prenait beaucoup de place, et où le Tour Operator nous avait signifié que nos bagages étaient limités à 15kg. Pour vous donner une idée, l'ensemble des affaires destinées à la plongée, autrement dit les palmes, le détendeur, le gilet (la "stab" pour les intimes), la combinaison 3mm, le masque, le tuba, et la serviette, plus la valise, faisaient déjà 10kg.

Mal m'en prit: l'eau, en cette période, en Mer Rouge, était entre 22 et 24°C. Dès le premier jour, je me retrouvai donc à devoir louer un bas de combinaison 5mm, que j'avais un mal de chien à enfiler par dessus mon shorty 3mm. Tellement de mal, qu'à force de tirer dessus, je m'en écorchais les doigts. Au bout du deuxième jour, une plongeuse eut pitié de moi, et me donna un tuyau: avant d'enfiler la combi', il suffisait de vider à l'interieur une bouteille d'eau dans laquelle on avait préalablement dilué quelques gouttes de shampoing. Miracle ! Cela marchait ! Merci Laurette, je ne t'oublierai jamais.

Deuxième souci: le lestage. Pour les non-plongeurs, sachez tout d'abord que tout être humain normalement constitué a tendance à flotter dans l'eau. Dans l'eau salée, il flotte encore plus. D'où le besoin de porter des plombs pour pouvoir descendre. Plus votre corps est volumineux, plus vous avez tendance à flotter, et plus vous avez besoin de plombs pour descendre. De plus, une combinaison épaisse a tendance, elle aussi, à vous faire flotter. Eh hop, un plomb de plus pour compenser ! Résultat: avec une bouteille de 15 litres et l'ensemble de l'équipement, votre serviteur flottait gaiement tel un énôôôrme bouchon de liège, ce qui l'obligeait, une fois les tests de lestage effectués, à porter, tenez vous bien... 14kg de lest, soit 8kg à la ceinture, et 3kg dans chaque poche du gilet.

Oui, j'ai bien dit "porter", car tout le problème est là: ces 14kg, plus la bouteille de 15l, on les porte sur soi, soit jusqu'à la plage, lorsque l'on plonge du bord, soit jusqu'au zodiac qui vous emmène un peu plus loin, soit (encore mieux) les charger dans une caisse que l'on porte à bout de bras pour la charger à l'arrière d'un camion, qui nous emmène sur un site de plongée distant de quelques kilomètres. Et la décharger, une fois sur place. Et se mettre tout ça sur le dos, pour aller plonger. Et le ramener sur la plage, une fois la plongée terminée, remettre tout dans la caisse, la recharger (à bout de bras) dans le camion, récupérer la caisse de retour à la base, rincer son équipement, le mettre à sécher. Et tout ça, avant et après chaque plongée. On plongeait entre deux et trois fois par jour.

Donc, première grande vérité: plongée = manutention = courbatures.

Oh, non ! Faut sortir de l'eau avec tout ça ?!!
Photo: Aurélie & Manu

Ensuite, il y a les horaires. Celles et ceux qui me connaissent savent qu'en temps normal, il est tout à fait inutile de m'appeller avant midi: vous parlerez à mon répondeur. Non seulement je dors jusqu'à midi dès que j'en ai l'occasion, mais la matinée est même le moment de la journée où je me repose le mieux: ma nuit idéale, c'est entre 3h du matin, et midi. C'est ce qui semble correspondre le mieux à mon cycle biologique. Ca a toujours été le cas, depuis mon adolescence.

Avec la plongée, n'y pensez même pas ! Debout à 7h30, petit déjeuner bien copieux à 8h30, rendez-vous sur la plage à 9h00, à 9h30 on est dans l'eau ! C'est sans dire que les premiers jours, la ponctualité n'a pas été ma plus grande vertu, et je loue la patience de mes moniteurs et compagnons de plongée, et m'excuse humblement auprès d'eux par la même occasion. Le midi, on a tout juste le temps de manger, un petit café, et hop, c'est reparti, tout le monde sur le truck à 14h, retour à 17h, goûter, une petite heure de répit, même pas, pour la douche, et c'est déjà l'heure de l'apéro, à 19h, puis du dîner... et à 21h30, vous tombez de sommeil, vous vous traînez jusqu'à votre chambre, vous vous endormez à moitié habillé, même pas le temps de lire une page des quelques bouquins que vous avez emmenés, on se demande bien pourquoi, comme si on avait le temps de lire ?!

Deuxième grande vérité: plongée = levé tôt, couché tôt, pas d'insomnies en perspective.

Lever de soleil sur la Mer Rouge
Photo: Aurélie & Manu

Ensuite, il y a le confort. Ou plutôt, la rareté de ce dernier. Les plongeurs, dans leur grande majorité, semblent être habitués à un mode de vie, euh, comment dire ? "Rustique", oui, voilà. Le site où j'ai eu le plaisir de donner mes premiers coups de palme, était, paraît-il, il y a quelques années, composé uniquement de tentes, situées sur la plage. Une bonne partie des plongeurs du groupe avec lequel j'ai voyagé avaient d'ailleurs choisi cette option. Au fil des années, il s'y est construit également quelques bungalows en dur, avec douches et sanitaires en commun, et finalement, un peu à l'écart de tout le reste, des "chalets" plutôt spacieux, avec douche et sanitaires individuels (ce que j'avais jusqu'alors tendance à considérer comme le strict minimum du confort...), et équipés d'un ventilateur. Pas de climatisation, pas de téléviseur, pas de radio, pas de réveil, pas de savon ni de produits de toilette. Et ça, c'était l'option "haut de gamme". Sans même parler du fait que contrairement à la plupart des lieux de vacances en bord de mer version "grand public", et à toute logique commerciale, les chalets étaient les plus éloignés du bord de mer et des infrastructures du centre, les tentes étant le mieux placées de ce point de vue là... Et encore, selon mes compagnons de plongée, nous étions relativement bien lotis, et la nourriture était plus que correcte. Il semblerait qu'à d'autres endroits, en particulier dans les croisières dédiées à la plongée, le confort serait encore plus... spartiate.

Troisième grande vérité: oubliez les 4 étoiles ! Vous êtes là pour plonger. Le reste, c'est secondaire...

Puis, il y a les briefings. A l'arrivée au centre, briefing sur le fonctionnement de ce dernier. Le lendemain matin, briefing sur le fonctionnement de l'activité plongée, avec plan du récif à l'appui. Avant chaque plongée, briefing du chef de palanquée. Lorsqu'on va sur un site distant de quelques kilomètres, briefing à l'arrivée sur le site en question, avec plan du site à l'appui, puis briefing de chaque chef de palanquée une fois que les groupes sont constitués. Le soir, à 19h, c'est l'apéro. Croyez-vous que l'on pourrait boire son verre et grignoter ses pistaches tranquillement ? Ben non, puisque tout le monde est là... briefing général !!!

Finalement, la plongée, c'est un peu comme l'armée... sauf qu'on est en vacances. Enfin, il paraît.

Briefing du matin à Marsa Shagra Briefing de l'après midi à Marsa Abu Dabbab
Photos: Aurélie & Manu

Derniere chose: on pourrait croire que l'on ne bronze pas, sous l'eau. Erreur: en plongée, on bronze beaucoup... là où la combinaison s'arrête. Car finalement, on ne passe que 30 à 50 minutes sous l'eau, par plongée. Le reste du temps, on se prend le soleil en pleine figure, que ce soit sur la plage, sur le zodiac, ou à l'arrière du camion... J'ai passé la semaine entière à essayer de me protéger du soleil, à mettre de la crème indice 50 sur les bras et le visage, et j'ai quand même cramé.

Au bout d'une semaine de plongée, je suis donc revenu courbaturé, coupé et égratiné de partout, bronzé des avant-bras et de la figure, blanc comme un c... partout ailleurs, fatigué au point de dormir dans le car et dans l'avion (en temps normal, je n'arrive pas à dormir en position assise)... mais néanmoins... heureux comme jamais. Et j'y retournerai sans hésiter !

Conclusion: soit les plongées valent vraiment le coup d'endurer le reste, soit je suis maso. Ou les deux... Ou alors... ou alors c'est un mode de vie, que dis-je, une philosophie de la vie, assoiffée de liberté, plus proche de la nature, plus soucieuse de notre environnement, empreinte d'un esprit de camaraderie et d'entreaide qui se perd de nos jours, doublée d'un vrai respect pour la vie subaquatique, que l'on contemple au quotidien dans toutes ses splendeurs, et dont nous ne sommes que de modestes invités pour quelques minutes, ou peut-être même... d'un respect pour la vie de façon plus générale.

Plonger, c'est un peu renaître...

Jack "el Oso"

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