Jack "El Oso" - Océanes

Du bleu, rien que du bleu. Bleu éclatant du ciel, à peine voilé de quelques nuages cotonneux passant ça et là. Bleu profond et menaçant de la haute mer, parfois couronnée de blanche écume lorsque son humeur se dégrade. Bleu turquoise intense des fonds sablonneux, bleu vert des récifs coraliens à fleur d'eau. Bleu profond, intense, indescriptible des fonds marins, s'assombrissant avec la profondeur, transpercé de soleil lorsque le regard se porte vers la surface. Ce bleu là, il donne presque le tournis, vite, un regard vers le récif, vers le fond, vers la surface, selon ce qui est le plus près, pour échapper au vertige.

Le bleu des profondeurs sous-marines, c'est à la fois l'aimant qui vous happe et l'inconnu qui vous effraie. Qui sait ce qu'il recèle, ce bleu là ? Après les premières plongées, bien à l'abri du monde fascinant, mais quelque peu pépère des récifs de corail, je m'enhardis, et je deviens curieux: qu'y a t-il donc plus bas ? Au fur et à mesure des plongées, l'envie devient pressante de se laisser couler le long des tombants vertigineux. La peur, ou la raison, ou peut-être bien les deux, me maintiennent dans mes limites. A partir de quarante mètres, tout s'accélère. Le manomètre descend, les paliers s'accumulent, ça y est, il faut remonter, maintenant, tout de suite. Là, dans le bleu, quelque part, il y a la mort. Il faut le savoir, il ne faut jamais l'oublier.

Le bateau fend les flots vers la prochaine plongée, traçant derrière lui une longue cicatrice blanche qui ne tardera pas à se refermer. Certains lisent, d'autres écoutent de la musique, d'autres encore dorment dans leurs cabines. Pas moi. Moi, je suis sur le pont, accoudé à la rambarde, et je regarde la mer. Je regarde au loin, je cherche les dauphins. Parfois, je jette un oeil sur notre sillage, tel l'homme regardant son passé. Je ne fais qu'un avec le bateau. J'écoute le ron-ron de ses moteurs, ses gémissements lorsque la mer le met à rude épreuve. Allongé sur le pont arrière, le vent caresse mes cheveux, la petite houle du large me berce. Un son de cloche me tire du sommeil vers lequel j'étais en train de glisser: c'est l'heure de manger.

Cette fois-ci, la houle ne nous jouera pas de mauvais tours: nous sommes arrivés, et nous nous amarrons à l'abri du récif. Après le déjeuner, la sieste nous tend les bras, et juste après, le bleu des profondeurs nous attend à nouveau.

 

 

Jack "el Oso"

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