Jack "El Oso" - La croisière ça m'use...

 

Celà commence sur un coup de tête. On est en septembre, je n'ai pas replongé depuis fin juillet, ça commence à faire long. N'ayant jamais plongé en France, je me renseigne sur les possibilités de passer quelques jours à Hyères pour plonger à Port-Cros, ou ailleurs dans le sud. Je fais mes calculs: TGV + hébergement + plongées + repas... on arrive vite au prix d'un séjour en mer rouge. Je fais un tour chez Ultramarina, tour opérator de plongée dont l'agence se trouve à 150m de chez moi, et me voilà inscrit pour une croisière sud: St John's Reef, du 24 au 30 septembre.

Je flippe un peu: jamais fait de croisière, on demande un niveau 2 et entre 30 et 50 plongées en mer, j'en ai 34, et mon AOWD date de cet été. Et encore, on m'avait d'abord inscrit sur Brothers, parcours nettement plus sportif, mais renseignements pris, j'ai changé pour St John's, qui est réputée plus "pépère", comme croisière.

Je cours m'acheter une stab, des palmes réglables, les botillons qui vont avec, un phare 50W pour les plongées de nuit, une lampe de secours... et voilà, je suis encore ruiné. Mais bon, quand on voit le coût de la location du matériel sur place, c'est vite amorti !

Le jour du départ arrive très vite. Contrairement à mes autres voyages, cette fois-ci, mon matos de plongée est prêt plusieurs jours avant, check-list à l'appui.

J'arrive à Orly, je me mets dans la file d'attente pour enregistrer mes bagages... un inconnu s'approche de moi, et me dit... "Jack el Oso ?" Eh oui, sur les forums de plongeur.com, j'ai gardé le même pseudo. Bon, ben je ne serai pas resté longtemps dans l'anonymat...

Le vol est un charter, l'espace quelque peu restreint entre les sièges me le rappelle à chaque instant. 1h30 de retard au départ, des passagers ont laissé leurs phares de plongée en soute, ce qui est interdit.. on les débarque, ils vont chercher leur phares, et reviennent en cabine sous les applaudissements des autres plongeurs. Un médecin juif américain, stéthoscope en poche et kippa sur la tête, assis pas très loin de moi, n'arrête pas de pester, de traiter tout le monde de "French bastards" et d'appeller le stewart toutes les 5 minutes pour savoir quand on va partir.

5 heures de vol et 4h30 de transfert en mini-bus plus tard, nous arrivons au port de Marsa Alam, le dimanche à 6h30 du matin. Le soleil se lève sur la mer rouge. Le port ? Quel port ? Une vieille jetée faite de pierres et de terre battue, avec un zodiac qui nous attend au bout. Les bateaux mouillent dans la baie de Marsa Alam. On embarque nos bagages sur le zodiac, qui fait un premier voyage, pendant qu'un deuxième zodiac vient chercher le reste de la "cargaison".

Enfin, vers 7h du matin, nous embarquons sur le Nemo.

Le Nemo est un bateau de plongée prévu pour 24 personnes, et on est 24, ça tombe bien. Relativement confortable, quoique un peu vieillissant. Cabines correctes, avec douche et WC individuels... seul "hic", la climatisation est incompatible avec le compresseur (pour les non-initiés, la machine infernale qui fait un bruit de tracteur et avec laquelle on gonfle nos bouteilles à l'air comprimé), résultat, elle n'est mise en marche que la nuit.

A peine installés, le bateau part, et on fait connaissance avec ce qui va nous accompagner pendant cette semaine de croisière: un vent à décorner un nudibranche, et la houle qui va avec. Tout d'abord, je me dis que je n'ai pour ainsi dire jamais eu le mal de mer, et qu'il suffit de fixer l'horizon si ça secoue un peu trop. Au bout d'1h30 de traversée, on arrive au premier récif, et là, le petit déjeuner ne me dit rien, mais alors vraiment rien. Pour d'autres, ce sera pire, avec restitution intégrale des sandwichs que l'on nous avait donnés dans le mini-bus. Bref, je ravalerai bien vite ma fièreté, et je passerai au MerCalm...

Autre inconvénient: en raison des conditions de mer, certains sites sont impraticables. Du coup, certains jours, on fera deux plongées sur le même site. Enfin, l'eau est à 28°C: trop chaud pour les requins, qui restent, semble-t-il, en dessous des 50m. Bref, durant tout le séjour, pas un requin ni une raie manta à l'horizon. Personnellement, je ne suis pas forcément venu pour ça, mais d'autres sont repartis assez décus.

Par contre, de très gros Napoléons, des dauphins, des barracudas, de très beaux sites, jardins coraliens, plateaux, tombants spectaculaires vers les profondeurs, avec toute la faune typique des récifs coraliens de la Mer Rouge.

On plonge 3 fois par jour: une première plongée tôt le matin (entre 6h00 et 7h30), puis petit déjeuner vers 8h00, sieste, puis deuxième plongée en fin de matinée, déjeuner, sieste, et plongée en fin d'après-midi ou plongée de nuit, selon les sites visités et la durée des déplacements entre les sites. Le soir, le bateau s'abrite derrière un récif pour la nuit, apéro, dîner, et très vite, on s'endort, la fatigue étant immense et écrasante, vu le nombre de plongées. La plupart du temps, vers 3 h du matin, le bateau repart. Celà en reveille certains, moi il me faut plus pour interrompre ma nuit (genre: un verre d'eau laissé sur la table de chevet...).

Sur le bateau, l'ambiance est bonne, rythmée par les pitreries de Bernard, ancien baba-cool patent, et les bavardages incessants de Nicolas, grand plongeur Suisse devant l'éternel, dont l'un des passe-temps favoris semble être de taquiner Mohamed, membre de l'équipage chargé de notre bien-être, et accessoirement de balancer régulièrement ce dernier par-dessus bord avec l'aide d'autres passagers. Les 12 membres du Club Subaquatique Ruthénois, tous Aveyronnais de leur état avec l'acceng qui va avec, ont amené tout ce qu'il faut pour l'apéro, et poussent le zèle jusqu'à nous passer des chansons d'une grand portée philosophique, genre "Jacky, ta 4L elle est pourrie". Marie, du Subaquatique Pirate Club de Paris, dort à peu près 20h sur 24, et ne se réveille que pour les briefings, les plongées et les repas, en compagnie de ses acoyltes Anne, Christelle et Jean-Paul. Jamais vu quelqu'un dormir autant.

Nos guides, Sebastien et Isabelle, ont une excellente connaissance des sites, nous concoctent des briefings détaillés avec des schémas très complets, et sont à l'écoute de tout le monde.

Les mises à l'eau sont parfois un peu sportives à mon goût, genre en zodiac, à 7h du matin, avec des creux de deux mètres, entrée négative dans le courant. Je réalise qu'en dehors des gentilles ballades à 15m sur les récifs, je consomme toujours comme une brute, dès que les conditions se corsent un tant soit peu. C'est fort désagréable pour mes binômes successifs (dont je loue ici la patience), et également pour moi-même. Comme à l'époque où je débutais, je redeviens un habitué de l'octopus du guide, et de la bouteille au pendeur, dans laquelle je tape allégrement pendant mon palier de sécurité.

Trois plongées par jour, ça use, mais la semaine passe cependant très vite. Trop vite. A peine le temps de se faire au rythme, et nous revoilà déjà au port. Plus que quelques heures face à l'immensité de la mer, les cheveux au vent, et le soleil se couche une dernière fois sur les montagnes du sud Egyptien. Allongé sur le pont supérieur, le nez dans les étoiles, mes pensées reprennent le large, replongent le long des récifs qui défilent dans ma mémoire comme dans une plongée dérivante.

C'était ma première croisière. Ce ne sera certainement pas la dernière.

Jack "el Oso"

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