Jack "El Oso" - Croisière BDE: le récit

Avant toute chose, merci à Emilie pour le prêt de son appareil photo et du caisson assorti, sans lesquels je n'aurais pas eu grand chose pour illustrer ce petit compte-rendu.

Pour commencer, BDE, c'est l'abréviation de "Brothers - Daedalus - Elphinstone", également connue sous le petit nom de "Triangle d'Or".

Voici une petite carte pour situer (carte que je me suis permis d'emprunter au site http://www.alimata.fr/ - que je remercie au passage).

L'aller fut fort typique d'un voyage en Egypte: charter avec 4h de retard, équipage odieux, repas infects. Passons, même si on se demande ce qu'il faut faire au juste pour avoir une prestation aérienne digne de ce nom pour aller en Mer Rouge.

A l'arrivée, découverte du bateau, qui est amarré à Hurghada (chance ! on évite les 3h30 de route jusqu'à Ras Ghaleb), le "Melody". Une excellente surprise: du 5 étoiles. Spacieux, moderne, de très grands espaces, immense pont arrière, grand sundeck, deux carrés avec écrans plasma pour regarder DVDs et photos du jour, salle à manger séparée, cabines avec douche et WC individuels, climatisation individuelle qui marche, compresseur air, compresseur Nitrox, blocs de 15l acier flambant neufs (30€ de supplément pour la semaine), 2 Zodiacs... nickel chrome. Rien à dire.

     

Après deux plongées de réadaptation à Tobya Arbaa (Safaga), le Melody fait route, de nuit, vers les îles Brothers.

Réveil à 5h du matin (il va falloir qu'on s'y fasse: ce sera le même horaire toute la semaine), à notre arrivée à Small Brother. Small Brother, c'est un caillou posé au milieu de la mer Rouge. A quelques centaines de mètres au sud de son grand frère, j'ai nommé... Big Brother, c'était facile. Big Brother est, quand à lui, à peine plus grand (à peu près 300m de long), et comporte un phare en pierre en son milieu, construit par les anglais en 1880.



Amateurs d'activités hors-plongée, vous pouvez zapper: il n'y a rien d'autre à voir aux Brothers en surface. Tout ce qu'il y a d'intéressant se trouve sous l'eau.

En effet, de par leur exposition aux courants, les Brothers sont un poste d'observation idéal pour la faune pélagique.

La première journée, sur Small Brother, n'est qu'une mise en bouche à ce niveau, même si nos compagnons de toute la croisière, j'ai nommé barracudas et napoléons, sont omniprésents. Si vous n'aimez pas les tombants, cette croisière n'est pas pour vous non plus: on ne verra pour ainsi dire que ça. Et de TRES beaux tombants, avec immenses gorgones, coraux de toute beauté, et très belle visibilité.



Le rythme est donné: lever à 5h du matin, thé/café et biscuits pour se mettre quelque chose dans le ventre, première plongée entre 5h30 et 6h00, retour sur le bateau, petit déjeuner, sieste, deuxième plongée entre 10h et 11h, retour sur le bateau, déjeuner, sieste, 3e plongée vers 15h. La nuit commence à tomber à 16h30 en cette période, à 17h30 il fait nuit. Apéro, puis dîner vers 19h. A 21h, tout le monde (ou presque) est couché ! La navigation se fait de nuit.

Le deuxième jour, nous voilà sur Big Brother, et les choses sérieuses commencent. Plongée sur les épaves de l'Aïda, puis du Numidia, avec les premiers pélagiques qui passent dans le bleu: un requin gris, un requin renard, de très loin, et là haut, en surface, le premier longimanus !



Une nuit et 12 heures de navigation plus tard, nous voilà à Daedalus Reef. Encore un phare, mais pas d'île: juste un grand récif émergeant des profondeurs, et un phare fixé dessus, avec son ponton.



Le matin, nous plongeons sur le versant nord, à la recherche des requins marteaux. Seuls quelques chanceux en verront. En revanche, c'est un immense banc de sardines qui se chargera de nous accueillir.



Au cours de la matinée, l'aileron d'un longimanus apparait à quelques mètres du bateau. Il est là, il tourne. Il nous attend. L'effervescence s'empare de tout le monde.



Les zodiacs nous larguent le long du tombant ouest. Tout le monde se décolle très vite du tombant, et part tout droit dans le bleu, en direction des bateaux. Il est là. Ou plutôt, ils sont là. On en verra un, puis deux. Puis un troisième. Non, un quatrième ! Au total, on verra jusqu'à 5 longimanus en même temps. Ils tournent sous les bateaux, s'approchent, parfois de très près, puis changent de direction au dernier moment. Les flashs des appareils photos crépitent, les caméras tournent, tout le monde est suspendu entre 5 et 10m, on essaye de rester groupés, et de ne pas les perdre de vue. Difficile, ils sont nombreux. Une dizaine de mètres plus bas, un gros napoléon passe, l'air de dire "ben et moi alors ? même pas une petite photo ?". Eh bien non, personne ne lui prête la moindre attention. Ce n'est pas lui, la vedette du jour. Les squales tournent, ils deviennent de plus en plus curieux. Je m'accroche au boute d'un bateau, je regarde mon manomètre: 50 bars. Il va falloir remonter bientôt. On a beau être sous les bateaux, et à 5m depuis bientôt une heure, il faut se garder une marge de sécurité. Je regarde où est le zodiac qui nous attend, je le repère, et à ce moment là, 3 logimanus se croisent dans mon champ de vision...

Encore quelques minutes à les regarder tourner, et il faut faire surface. Ce n'est pas le moment de trainer, la surface est l'endroit le moins sûr du monde, à cet instant.

Je crois bien que je ne me suis jamais déséquipé aussi vite. En 10 secondes, je suis à bord, et mon matériel aussi.

Un longimanus passe à quelques centimètres du bord. Le Zodiac-man lui chatouille l'aileron au passage.



Le lendemain, nous nous réveillons à Elphinstone, récif au large de Marsa Alam très connu , mais également très fréquenté, car beaucoup plus proche des côtes que nos lieux de mouillage précédents.

On n'y verra pas de pélagiques. Pas assez de courant, trop de monde, trop de bruit sans doute. J'en profite pour mitrailler les coraux et gorgones, magnifiques, de ce haut-lieu de la plongée du sud egyptien.



Enfin, le vendredi, sur le chemin de Ras Ghaleb, nous faisons une halte à El Shouna, où je fais ma dernière plongée tôt le matin en compagnie de quelques très grosses tortues, de deux raies pastenagues tachetées et de toute la cohorte de poissons des récifs coraliens de mer Rouge.



Voilà, c'est fini. C'est passé vite, et en même temps, j'ai l'impression d'être parti très longtemps.

Cette semaine aura été marquée par une météo particulièrement clémente. Les Brothers sont pourtant connus pour être exposés aux vents et à la houle, avec des conditions parfois très dures. Rien de tout cela. A Daedalus et Elphinstone, on aura des conditions proches de la mer d'huile !

Une très belle croisière. Trop belle, sans doute, et trop accessible: trop de bateaux. Parfois 9 bateaux simultanément sur le même site. De véritables bancs de plongeurs sous l'eau, parfois. Il faut ruser, épier les autres bateaux, se mettre à l'eau le plus tôt possible, ou carrément décaler notre plongée d'une heure...

Et puis même avec le plus grand respect de la vie subaquatique, un site peut-il vraiment être préservé s'il voit défiler 180 plongeurs par jour, qui de surcroit y font 3 plongées ?

Jack "el Oso"

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