Jack "El Oso" - La plongée en 5 leçons

 

La République Dominicaine n'est pas vraiment connue comme une destination de plongée. D'ailleurs, les tours operators de plongée ne la proposent généralement pas dans leur catalogue. Fonds coraliens jolis mais "sans plus", quelques épaves, pas ou peu de "gros", faune et flore typique des fonds coraliens de la Caraïbe, bref, rien de suffisant à en faire une destination de plongée.

Après mûre réflexion, c'est pourtant la destination que j'ai choisie. Pourquoi, me direz vous ?

Parce qu'au stade où j'en suis, je ne recherchais pas la nouveauté, ni le grand frisson, mais simplement un peu d'expérience. L'idée était de me mettre quelques plongées pas trop difficiles dans les palmes, de bronzer, bien manger, et de me reposer. Tout celà, à un prix abordable. Après quelques comparaisons, il est apparu que la Rep Dom était incontestablement le meilleur rapport qualité / prix.

Me voilà donc à Bayahibe, sur la mer des Caraïbes, pour quelques plongées avec Casa Daniel, école de plongée Suisse Allemande installée sur place depuis une quinzaine d'années, conseillée par la grande majorité des plongeurs passés par cette destination.


Un peu de détente après la plongée...

Je voulais de l'expérience ? Je fus servi. Voici, en 5 règles, les leçons que j'ai tirées de ces quelques journées de plongée.

Règle n°1: toujours ton équipement toi-même tu vérifiras

"Ton équipement ? Il est déjà sur le bateau !". Super ! Ils sont sympa, ils ont tout préparé pour moi. Bien entendu, ce n'est qu'en arrivant sur le site que l'on se rend compte que le gilet n'est pas à ma taille, ou que ma superbe ceinture à plombs à poches est restée au club, que le 1er étage du détendeur fuit... entre autres petites surprises, pas toujours agréables. Bref, voilà: dorénavant, qu'il soit déjà sur le bateau, ou non, c'est moi qui vérifie mon matos. Capisco ?

Règle n°2: ... et celui de ton binôme aussi !

Idem que ci-dessus... l'équipement du binôme étant également "déjà sur le bateau". Non seulement parce que c'est important pour la sécurité du binôme, mais aussi, égoïstement, parce que si mon binôme a une m..., eh bien c'est tout le groupe qui remonte, et fin de la plongée pour tout le monde.


Fonds typiques de la mer des Caraïbes

Règle n°3: plonger en petit comité tu préféreras ...

Rien ne vaut une plongée à 3 ou 4 personnes. Une palanquée de 10 plongeurs, c'est autant de chances que l'un des 10 se retrouve en réserve au bout de 10 minutes, parce qu'il plonge une fois tous les 3 ans, ou qu'il lui arrive une quelconque mésaventure qui provoque une fin de plongée prématurée pour tout le reste du groupe.


Une belle éponge tubulaire violette

Règle n°4: ... et de l'expérience des autres plongeurs à leur comportement sous l'eau tu jugeras (et non pas à ce qu'ils te racontent).

"Pfff, la visibilité n'a pas l'air terrible... moi, je suis habituée aux eaux limpides de Cozumel, ou des Bahamas", me dit cette dame américaine qui plonge aujourd'hui avec nous, en compagnie de son fils adolescent. Et elle me parle des plongées dérivantes, de la faune qu'on y voit, etc...

Arrivés sur le site, on descend à 15m, et là... d'abord, c'est un grand nuage de sable. La maman finit par réinjecter de l'air dans sa stab, et tient son fils, qui palme dans tous les sens, par la stab pour le remonter. Des branches de corail volent. Au milieu du nuage, le guide de palanquée nous fait signe de le suivre. Il y a un léger courant, on commence à nager à contre-courant (note pour les non-plongeurs: normal, on commence toujours à contre-courant, afin que le retour soit moins fatiguant). Au bout de 20 secondes, l'américaine fait signe que c'est trop pour elle, et demande à remonter. Le guide, un sympathique dominicain, lui fait signe de nager à son rythme, doucement, de ne pas se fatiguer. "Non", lui fait signe l'américaine, qui sur ce, tourne les talons, et part dans la direction du courant... suivie par sa progéniture et son nuage de sable.

Le guide me regarde interloqué, genre "m'enfin ?!!?", je le regarde, je lui fais signe: "que fait on ?", il se gratte la tête, sort son parachute, le gonfle pour signaler notre position au bateau, et me fait signe: "on les suit".

Entre temps, avec le courant, l'américaine et son gamin sont déjà loin. La visibilité n'est pas géniale. Heureusement, on les retrouve en suivant...., le nuage de sable, eh oui...

Le guide secoue son shaker. Il leur fait signe "on reste ensemble !". "Ok", répondent les deux intéressés, qui, 10 secondes plus tard, repartent dans la direction qui leur sied sans lui prêter la moindre attention.

Je rigole dans mon détendeur, le dominicain me regarde en tapotant l'index sur sa tempe. On les suit à nouveau.

On regarde régulièrement vers la surface: pas de trace du bateau pour l'instant. Il faut dire qu'il était censé mouiller là où il nous a laissés, et non pas nous suivre dans une plongée dérivante. Râââh...

Une dizaine de minutes plus tard, le guide secoue à nouveau son shaker pour demander à nos éclaireurs improvisés combien il leur reste d'air. Peine perdue, ils ne voient rien, n'entendent rien, ne font attention à personne. Notre divemaster finit par nager jusqu'à eux et regarder leurs manomètres lui-même.

Ils sont tous deux en réserve. Etonnant, non ?

Il les attrape par le bras, et leur fait signe: fin de plongée. OK, lui répondent-ils. On remonte, et par miracle, ils nous suivent. On fait notre palier à 5m, l'américaine et son fils font du yo-yo pendant ce temps là. Toujours pas de bateau en vue. Les 3 minutes sont passées, on arrive à la surface... ouf, le bateau est là.

Et dieu sait que ça aurait pu bien plus mal finir, cette histoire...


Mon binôme... beaucoup trop loin de moi !

Règle n°5: à proximité de ton binôme tu resteras

Isla Catalina, côté est, sur le site de plongée baptisé "the Wall", qui comme son nom l'indique, est un mur coralien qui descend vers les profondeurs. Lors de la descente, mon détendeur donne des signes de disfonctionnement: lorsque j'inspire, l'air arrive normalement, puis s'arrête avant que j'aie fini d'inspirer... Je regarde mon manomètre: 200 bars. Il en reste, de l'air, pourtant. On continue à descendre. Plus on descend, et moins j'ai d'air à chaque inspiration. J'observe à nouveau mon manomètre: je remarque qu'au moment où j'inspire, l'aiguille chute à 50 bars, puis remonte à 200 bars dès que j'arrête d'inspirer. On est arrivés à 30m de profondeur, on n'est pas censés aller plus bas. Notre guide de palanquée, Manu, un très jeune mais néanmoins très pro' suisse allemand qui fait son stage de divemaster à Bayahibe, a remarqué que j'avais des soucis et vient vers moi. Je lui fais signe que mon détendeur bat de l'aile. Je me dis qu'après tout, j'ai de l'air dans mon bloc; je devrais donc pouvoir faire la plongée avec le détendeur de secours. Je cherche celui-ci de la main, je le trouve, j'enlève mon détendeur et place l'octopus dans ma bouche. J'inspire... rien. Pas d'air du tout. Je repasse sur le détendeur principal. J'inspire. Presque rien. Manu est toujours devant moi, je lui fais signe: "donne moi de l'air". Il me passe son octopus, et enfin, je respire. Il me faut une vingtaine de secondes pour que mon rythme cardiaque reprenne un rythme normal. C'est bon. Je respire, je n'ai pas paniqué, tout va bien. On remonte. Palier de sécurité à 5m, trois minutes interminables en pleine eau. Retour à la surface. Fin de l'anecdote.

Que s'est il passé ? On ne sait toujours pas. Disfonctionnement du 1er étage, probablement. Et le plus bizarre, c'est qu'une fois à la surface, le détendeur remarchait normalement. ?!!??

Avant de partir, je n'étais pas persuadé de l'utilité d'acquérir mon propre détendeur. Maintenant, je le suis. Désormais, je plongerai avec mon détendeur, ou je ne plongerai pas. C'est assez difficile à décrire, ce que l'on ressent lorsqu'on est à 30m sous l'eau, et que d'un coup, on n'a plus d'air. Le moins que je puisse dire, c'est que ça fait drôle. Le tout est d'avoir une source d'air de secours à portée de main à ce moment là. J'en avais une. Je ferai en sorte de toujours d'en avoir une, dorénavant.

[Edit: selon plusieurs plongeurs expérimentés m'ayant fait part de leur "diagnostic" sur les forums de Plongeur.com (site fort instructif que je vous invite à visiter) l'incident que je décris ci-dessus ressemble plutôt à un problème de robinet mal ouvert, ou de robinet défectueux. Trop tard, je me suis déjà acheté un Legend LX, et je ne regrette pas; un bon détendeur, c'est cher mais ça vaut l'investissement, tant au niveau sécurité qu'au niveau confort. Na.]


Manu de Casa Daniel


Voilà pour l'expérience.

Si vous plongez dans la région, ne ratez pas:

- Catalina et son mur coralien, très impressionnant.

- Shark Point, du côté de l'île de Saona, où j'ai vu un barracuda, ainsi que de très grosses raies (pas de shark, malgré le nom du lieu...); de façon générale, il semblerait que c'est l'un des rares lieux où l'on peut voir du "gros".

- Plusieurs épaves à voir du côté de Bayahibe, entre autres celle du St George, un cargo de 73m coulé volontairement pour en faire un récif artificiel. Très impressionnant, là aussi.

- Et si vous aimez ça, les quelques plongées "Aquarium" sur les récifs, avec tous les poissons tropicaux, et, grande spécialité du coin, des éponges, de toutes les tailles, formes et couleurs.

Jack "el Oso"

 

Salsa et Plongée - Partez au soleil avec Jack "El Oso" et Luna - 12 au 27 juillet 2012

Pourquoi ce site ? | Web | DJ Salsa | Organisation de soirées | Traduction | TCK (Third Culture Kid)
Ecrits
| Plongée | Photos | FAQ | Contact

(c) Jack El Oso, 2005-2009.
Creative Commons License
Les textes, images et autres créations présentes sur ce site, à l'exclusion de celles d'un autre auteur que Jack "el Oso",
sont mises à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité-Pas d'Utilisation Commerciale-Pas de Modification 2.0 France.